Ispahan

Ispahan I

Installée confortablement sur le toit plat de notre maison à Téhéran, l’adolescente que j’étais pouvait enfin s’isoler de sa famille. La vue aérienne que nous avions de notre quartier m’enchantait. Du ciel, de l’espace à profusion et enfin la paix. En bas, notre charmant petit jardin à l’iranienne avec ses deux bassins turquoise, ses oiseaux et ses parterres de roses de toutes les couleurs. Après un certain temps là-haut, je me connectais à un état d’être plus vaste. Je contemplais au loin, le mont Damavand, le sommet le plus élevé de la chaîne de montagnes d’Alborz, le volcan éteint aux neiges éternelles. L’espace ressenti m’amenait simultanément dans une sensation familière et paisible de non-distance avec la montagne, un prolongement de mon propre esprit.

 

La montagne se nomme aussi Le Div-e Sefid, ou démon blanc, lieu d’ensevelissement du démon malfaisant, Zahhâk, issu de la mythologie religieuse persane zoroastrienne. Le démon dragon à trois têtes représente le mal emprisonné à tout jamais dans la montagne blanche.

Dans mon image, le mont Damavand surgissant derrière les deux palais représentant la nuit et de jour, demeure immaculé malgré le démon qui l’habite. Il se confond au mont Fuji, lieu d’ascension spirituelle du shintoïsme et du bouddhisme où l’on ne fait plus qu’un avec l’univers. J’ai sûrement aussi créé inconsciemment cette image en lien avec la culture mystique orientale des Maîtres soufis conduisant leurs élèves à l’illumination. Dans l’image, le rossignol, qui représente dans la culture persane l’amant, est couronné. C’est un petit oiseau tout simple les pattes ancrées dans son quotidien et qui ne fait plus de distinction entre les grandes choses et les petites choses de la vie. Il a fait le voyage spirituel initiatique, il est à l’image de l’Oiseau roi, le Simurg persan qui est le seigneur de la création et correspondant sans doute au phénix chinois.

Ispahan II

Ayant vécu plusieurs années au Moyen-Orient, en Égypte et en Iran, les images que j’ai intégrées dans mes tableaux à différentes époques sont souvent liées à ces cultures que j’ai absorbées dans mon enfance et mon adolescence. Celles-ci font donc partie organiquement de mon bagage.

L’Islam, étant une religion du verbe, les pays arabes utilisent ses écritures à la fois comme motifs, illustrations et véhicules de communication. Les Écritures saintes se retrouvent donc partout autour de vous lorsque vous êtes immergés dans cette culture. Comme je n’ai jamais appris ni les langues ni les écritures arabes : la calligraphie arabe est restée incompréhensible pour moi, quoiqu’ayant accompagné mon immersion au Caire autant qu’à Téhéran. Elle est apparue dans mes tableaux comme motifs créant des surfaces texturées et vibrantes. D’une certaine façon, cette écriture devenue abstraite sous la forme d’arabesques a pratiquement toujours fait partie de mes images.

 

Ispahan I

Settled comfortably on the flat roof of our house in Tehran, the teenager I was could finally isolate herself from her family. The aerial view we had of our neighborhood enchanted me. From heaven, from space to profusion and finally peace. Downstairs, our charming little Iranian garden with its two turquoise pools, its birds and its beds of roses of all colors. After a while up there, I connected to a state of being larger. I gazed in the distance at Mount Damavand, the highest peak in the Alborz mountain range, the extinct volcano of eternal snow. The felt space brought me simultaneously into a familiar and peaceful sensation of non-distance with the mountain, an extension of my own mind.

The mountain is also called The Div-e Sefid, or white demon, place of burial of the evil demon, Zahhak, from the Persian Zoroastrian religious mythology. The three-headed dragon demon represents the evil imprisoned forever in the white mountain.

In my image, the Mount Damavand rising behind the two palaces representing the night and day, remains immaculate despite the demon that inhabits it. It merges with Mount Fuji, place of spiritual ascension of Shintoism and Buddhism where we are one with the universe. I have also unconsciously created this image in connection with the Eastern mystic culture of the Sufi Masters leading their students to enlightenment. In the picture, the nightingale, which represents in Persian culture the lover, is crowned. It’s a simple little bird with its paws steeped in its daily life and no longer distinguishes between the big things and the little things in life. He made the spiritual journey of initiation, he is in the image of the Bird King, the Persian Simurg who is the lord of creation and probably corresponding to the Chinese phoenix.

Ispahan II

Having lived for several years in the Middle East, Egypt and Iran, the images I have incorporated into my paintings at different times are often related to these cultures that I absorbed in my childhood and adolescence. These are therefore organically part of my luggage.

Islam, being a religion of the verb, the Arab countries use its writings as both motifs, illustrations and vehicles of communication. The scriptures are found everywhere around you when you are immersed in this culture. Since I have never learned Arabic languages ​​or scriptures, Arabic calligraphy has been incomprehensible to me, although it has accompanied my immersion in Cairo as much as in Teheran. She appeared in my paintings as patterns creating textured and vibrant surfaces. In a way, this writing became abstract in the form of arabesques has almost always been part of my images.

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